Interview d’Odille Lauria et Anaïs Cintas par Cédric Bonfis. Mai 2011
by on août 5, 2011

Liaisons
le journal de la manifestation « hecho en Mexico»

Anaïs Cintas, metteuse en scène, et Odille Lauria, comédienne mexicaine vivant en France, sont arrivées au théâtre, ce matin, une demi-heure plus tôt pour une interview. Elles évoquent la pièce qu’elles présentent le soir même.
Elles ont peu de temps. Plutôt que répondre aux questions, elles préfèrent nous dire ce qui leur semble essentiel pour comprendre la pièce.

Odille Lauria Le texte est cru, dur. Il faut
savoir pourquoi. Pour comprendre ce qui est en jeu.
Anaïs Cintas Ce n’est pas la langue qui
heurte, c’est l’approche de l’auteur, sa manière d’aborder la réalité qu’ il veut montrer. De la donner telle quelle. Quelque chose que j’appellerais spontanément ironie mais le mot ne
convient pas. Et puis c’est un homme qui parle du viol, ce n’est pas commun.
Odille Lauria Au delà des féminicides,
Edgar Chías donne à voir toutes la violence quotidienne que subissent les femmes. À
commencer par les images de ces corps longilignes, de ces femmes blondes, qu’on voit par-
tout en ville et dans les telenovelas, alors que mes compatriotes sont plutôt rondes, métis-
sées.Pour une femme, même les compliments peuvent être des coups portés. Sur le marché,
on ne te dira pas que tu es belle, on te dira que tu es blonde. Comment se respecter, se
trouver beau, quand on n’a pas de critères pour se reconnaître ainsi ? C’est comme si on
n’avait pas le droit de se sentir beau quand on est mexicain, c’est-à-dire métissé. La pièce
le montre sans détour. Dans les familles, on cherche toujours un aïeul espagnol. Ça fait
chic. L’ indien est celui qu’on exploite, qu’on tue à la tâche. Son corps ne peut pas être beau. Le peuple mexicain n’existe que depuis cinq siècles. C’est très compliqué de dire ce que
c’est qu’être mexicain.
Anaïs Cintas Le trouble que peut provoquer la pièce est accentué par les personnages qui disent « tu » au lieu de dire « je ». C’est très intéressant ce trouble dans la langue. C’est pourquoi, j’ai voulu privilégier l’adresse directe au public. Ça permet de travailler ce rapport au conte, très fort dans la pièce, de faire entendre
ce trouble dans la langue.

2014 JamSession © All rights reserved.